Vous avez reçu un titre exécutoire du département, souvent pour un indu de RSA ou une amende. Parfois, il prend la forme d’une « facture » mise à disposition sur votre espace impots.gouv.fr. Puis la paierie départementale écrit : relance, mise en demeure, et bientôt une saisie.
Peut-on faire annuler ce titre ? Peut-on bloquer la saisie ? Oui, mais à condition de savoir ce que l’on conteste, devant qui, et dans quel délai. Car le droit distingue deux contestations très différentes, qui obéissent chacune à leurs propres règles.
Qui fait quoi : la CAF, le département et la paierie
Trois acteurs interviennent l’un après l’autre.
Celui qui contrôle crée la dette. Le plus souvent, c’est la CAF, ou la MSA, qui assure le service du RSA. Elle contrôle votre situation, sur pièces ou à domicile, puis vous notifie un indu. Le département peut aussi mener lui-même le contrôle et décider de l’indu. Dans les deux cas, c’est à ce stade que naît la dette, et c’est contre cette décision qu’il faut d’abord former un recours préalable auprès du président du conseil départemental.
La CAF tente d’abord de récupérer l’indu elle-même. Elle procède par retenues sur vos prestations à venir, sauf si vous remboursez en une fois. Si ces retenues ne suffisent pas, par exemple parce que vos droits ont pris fin, elle transmet la créance au président du conseil départemental (article L262-46 du code de l’action sociale et des familles).
Le département émet le titre. Le président du conseil départemental constate la créance du département. Il transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant, qui vaut titre exécutoire (même article). C’est ce titre, ou la « facture » impots.gouv qui en tient lieu, que vous recevez.
La paierie départementale recouvre. C’est le comptable public. Elle ne décide pas du principe de la dette. Elle se charge de la faire payer : relances, mises en demeure, saisies.
Cette chaîne commande tout le reste. On conteste la dette auprès de celui qui l’a créée, puis devant le juge administratif. On conteste les poursuites auprès de celui qui les mène, puis devant le juge de l’exécution. Et lorsque la CAF a fait le contrôle, c’est souvent dans son dossier que se trouvent les erreurs : pensez à demander la communication des pièces sur lesquelles elle s’est fondée.
Première contestation : le bien-fondé de la dette
Vous estimez ne pas devoir la somme, ou pas en totalité ? C’est le bien-fondé de la créance que vous contestez.
Vous disposez de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire. Sans titre reçu, le délai court du premier acte qui en procède ou d’un acte de poursuite (article L1617-5, 1°, du code général des collectivités territoriales).
Pour un indu de RSA ou une amende du département, c’est le tribunal administratif qui est compétent.
Cette contestation a un effet précieux. L’introduction de l’instance qui conteste le bien-fondé de la créance suspend la force exécutoire du titre (même article). Tant que le juge n’a pas statué, la paierie ne peut pas poursuivre l’exécution forcée sur la base de ce titre.
Une dette d’indu déjà définitive peut encore être discutée
Pour le RSA, le Conseil d’État admet que le destinataire d’un titre exécutoire conteste, dans les deux mois de sa notification, le bien-fondé de la créance. Il le peut même si la décision de récupérer l’indu est devenue définitive (Conseil d’État, 18 mars 2020, n° 421911 ; Conseil d’État, 9 février 2024, n° 473732). Seule limite : un jugement ayant déjà rejeté au fond la contestation de l’indu.
Vous n’aviez pas contesté la notification d’indu initiale ? Par prudence, formez aussi un recours préalable auprès du président du conseil départemental, en parallèle. Le département peut en effet opposer l’absence de contestation initiale. Je retrace l’évolution de cette jurisprudence depuis 2018 dans l’article contester une décision RSA : ce que 2018 a changé.
Le titre lui-même peut être irrégulier
Avant même le fond, vérifiez la forme. La loi impose des mentions au titre de recettes adressé au débiteur. Il doit indiquer les nom, prénoms et qualité de la personne qui l’a émis, ainsi que les voies et délais de recours (article L1617-5, 4°).
Le juge peut annuler un titre qui ne permet pas d’identifier son auteur. Un titre qui omet les voies et délais de recours ne fait en principe pas courir le délai de deux mois. Vérifiez ces points en premier.
Vous devez aussi pouvoir comprendre ce que l’on vous réclame, pour quelle période et pourquoi. Je développe cette exigence dans l’article sur l’obligation de motivation.
Avant la saisie : relance et mise en demeure
La paierie ne peut pas saisir du jour au lendemain. La loi organise une progression (article L1617-5, 5° et 6°).
Sous 15 000 €, le comptable envoie d’abord une lettre de relance. Il peut aussi confier une phase amiable à un commissaire de justice. Vient ensuite la mise en demeure de payer. Le comptable doit ensuite attendre huit jours après sa notification avant d’engager des poursuites donnant lieu à des frais.
Attention : la mise en demeure n’est pas une nouvelle décision qui rouvrirait le débat sur la dette. Ne laissez pas passer le délai du titre en attendant les poursuites.
Les saisies de la paierie
L’outil principal de la paierie est la saisie administrative à tiers détenteur (article L262 du livre des procédures fiscales). Depuis 2019, elle a remplacé les anciens avis et oppositions à tiers détenteur. Elle permet de saisir directement votre compte bancaire, votre salaire ou d’autres sommes que des tiers vous doivent.
L’avis de saisie qui vous est notifié doit mentionner les délais et voies de recours, sous peine de nullité.
Une protection existe sur votre compte. La banque doit vous laisser une somme alimentaire égale au RSA d’une personne seule, dans la limite du solde créditeur (article L162-2 du code des procédures civiles d’exécution). Vous n’avez rien à demander : la banque l’applique d’office.
Seconde contestation : la régularité des poursuites
Vous ne contestez pas la dette, mais la manière dont la paierie la recouvre ? C’est une contestation du recouvrement. Elle suit un circuit totalement différent (article L281 du livre des procédures fiscales, auquel renvoie l’article L1617-5, 2°).
Cette contestation ne peut pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elle peut porter sur la régularité en la forme de l’acte de poursuite. Hors amendes, elle peut aussi porter sur l’obligation de payer, le montant restant dû ou l’exigibilité de la somme.
La procédure se déroule en deux temps :
- Une demande préalable au directeur départemental des finances publiques dont relève le comptable, avec toutes les justifications utiles (article R281-1). Le délai est de deux mois à compter de la notification de l’acte de poursuite contesté (article R281-3-1).
- Le juge de l’exécution, si la réponse ne vous satisfait pas ou si l’administration ne répond pas dans les deux mois. Vous avez alors deux mois pour le saisir. Vous ne pouvez pas le saisir avant ces dates, à peine d’irrecevabilité (article R281-4).
Pour les créances des collectivités, le juge de l’exécution statue dans tous ces cas.
Deux contestations, deux juges, deux délais
En résumé, deux voies coexistent, et l’une ne remplace pas l’autre.
Pour contester la dette, saisissez le tribunal administratif dans les deux mois du titre. Sans titre reçu, le délai part du premier acte de poursuite.
Pour contester une saisie, écrivez d’abord à la direction des finances publiques dans les deux mois. Saisissez ensuite le juge de l’exécution.
Dette contestable et saisie irrégulière ? Il faut parfois mener les deux de front. C’est le cas typique où l’aide d’un avocat évite une erreur de juge ou de délai.
Et la prescription ?
L’action du comptable se prescrit par quatre ans à compter de la prise en charge du titre. Ce délai est interrompu par tout acte comportant reconnaissance de la dette de votre part : un paiement partiel, une demande d’échéancier (article L1617-5, 3°). Avant d’écrire à la paierie pour proposer de payer, assurez-vous que vous ne souhaitez pas contester. J’ai détaillé ces règles dans l’article sur la prescription du titre exécutoire.
Le cas particulier des amendes du département
Le titre de la paierie ne porte pas toujours sur un indu. Il peut aussi recouvrer une amende administrative. Pour le RSA, la fausse déclaration ou l’omission délibérée de déclaration ayant abouti à un versement indu est passible d’une amende. Le président du conseil départemental la prononce, après avis de l’équipe pluridisciplinaire (article L262-52 du code de l’action sociale et des familles).
Ce texte fixe plusieurs garde-fous. Le département ne peut pas sanctionner des faits remontant à plus de deux ans. Il ne le peut pas non plus si le juge pénal a déjà statué définitivement sur les mêmes faits. Les recours contre les contraintes délivrées par le président du conseil départemental relèvent de la juridiction administrative.
Une amende obéit donc à ses propres règles. Contestez-la sur le fond, et vérifiez si le département a respecté la procédure, notamment l’audition préalable. Le Conseil d’État a déjà annulé une amende de RSA infligée sans audition de l’allocataire (Conseil d’État, 8 juillet 2019, n° 420732).
Comment rédiger le recours au tribunal administratif
La requête est écrite. Elle doit identifier la décision attaquée, ici le titre exécutoire, et en joindre une copie. Exposez ensuite vos arguments, en distinguant clairement la forme et le fond.
Sur la forme, relevez les mentions manquantes du titre : auteur non identifiable, absence de voies et délais de recours, impossibilité de comprendre le calcul. Sur le fond, expliquez pourquoi la somme n’est pas due : erreur sur vos ressources, sur la composition du foyer, sur la période, prescription de l’indu. Joignez toutes les pièces utiles, avec un bordereau.
Devant le tribunal administratif, l’avocat n’est pas obligatoire, car le défendeur est une collectivité territoriale (article R431-3 du code de justice administrative). Vous n’y payez aucune contribution pour l’aide juridique. Mais la combinaison des délais et des voies de recours rend l’assistance d’un avocat précieuse. L’aide juridictionnelle peut la prendre en charge.
Questions fréquentes
Puis-je contester une « facture » reçue sur impots.gouv.fr ?
Oui. Ce document a la même valeur qu’un titre exécutoire. Le délai de deux mois court à compter de sa réception.
Payer pour arrêter la saisie, est-ce reconnaître la dette ?
Un paiement partiel ou une demande d’échéancier interrompt la prescription et peut être présenté comme une reconnaissance de la dette. Si vous contestez, ne le faites pas sans en mesurer les conséquences.
La paierie peut-elle vider mon compte ?
Non. La banque doit vous laisser d’office une somme égale au RSA d’une personne seule, dans la limite du solde créditeur.
Faut-il écrire à la paierie pour contester la dette ?
Non. La paierie ne décide pas du principe de la dette. Contestez le bien-fondé devant le tribunal administratif, et la décision d’indu auprès du président du conseil départemental.
Un exemple imaginaire
Exemple imaginaire. Malik découvre une saisie sur son compte bancaire. Il n’a jamais reçu de titre exécutoire. En remontant le fil, il comprend qu’il s’agit d’un indu de RSA de 2023, qu’il n’avait pas contesté à l’époque.
La saisie est le premier acte qu’il a reçu. Il a donc deux mois à compter de sa notification pour contester la dette devant le tribunal administratif. Par prudence, il forme en parallèle un recours préalable auprès du président du conseil départemental. Il vérifie aussi que sa banque lui a bien laissé la somme insaisissable.
L’avis de saisie omet les voies et délais de recours ? Il pourra aussi contester sa régularité. Il écrira d’abord à la direction des finances publiques, puis saisira le juge de l’exécution.
Le premier conseil : réagissez vite
Tous les délais de cette matière sont de deux mois, et ils s’enchaînent. Un délai perdu ferme une porte, parfois définitivement. Titre, relance, mise en demeure ou saisie : notez la date de réception, gardez l’enveloppe et faites examiner le dossier.
Vous avez reçu un titre exécutoire ou une saisie de la paierie ? Réservez une consultation juridique en ligne, à partir de 45 € TTC, ou écrivez-moi à contact@avocat-desfarges.fr. Devant le tribunal, votre protection juridique ou l’aide juridictionnelle peuvent prendre en charge mes honoraires (768 € TTC par recours). J’accepte l’aide juridictionnelle sans condition.
Article rédigé par Maître Pierre-Henry Desfarges, avocat au barreau de Strasbourg depuis 2013. Son activité principale est le contentieux contre la CAF, qu’il pratique partout en France devant les tribunaux administratifs et les pôles sociaux des tribunaux judiciaires, avec 1 000 à 1 500 dossiers CAF traités chaque année. Mis à jour le 27 octobre 2026.



Bonjour Maitre.
J’ai reçu par mail de la part de la paierie une « invitation à payer » pour un indu du rsa dans la semaine .
Hors la dette daterait de mai 2017.
Un titre éxécutoire aurait été émis en juin 2018.
J’étais pourtant au rsa jusqu’à fin 2019 et je n’ai reçu aucune information de la part de caf durant toute cette durée et aucun prélévement n’a même été mis en place par la caf.
Je n’ai pas eu mon droit à l’information et ni au droit à l’erreur. J’ai consulté mon dossier caf rien n’est inscrit dessus.
L’injonction a apparement été envoyé à une adresse à laquelle je n’habite plus depuis plus de 10ans…
Aujourd’hui j’habite dans un autre pays européen.
Quels sont les risque si je décide de ne pas payer?
Bonjour, les pays européens ont des accords pour l’exécution des injonction de payer. Si vous souhaitez que l’on discute de votre affaire, vous pouvez réserver une consultation téléphonique ou par visioconférence ici : https://avocat-desfarges.fr/consultation-juridique-en-ligne/ Les tarifs sont affichés sur la page de réservation.