Vous avez saisi le pôle social contre la CAF, ou vous vous apprêtez à le faire ? Vous vous demandez s’il faut aller à l’audience, qui peut vous représenter et ce que cela coûte. J’ai écrit la première version de cet article en 2019. Depuis, beaucoup de choses ont changé. Voici ce qu’il faut savoir aujourd’hui.
En 2019, un nouveau juge pour la sécurité sociale
Le 1er janvier 2019, le pôle social du tribunal de grande instance a remplacé le tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) et le tribunal du contentieux de l’incapacité (TCI). Le 31 décembre 2018 avait marqué la fin de ces juridictions.
Un an plus tard, le 1er janvier 2020, le tribunal de grande instance est lui-même devenu le tribunal judiciaire (loi n° 2019-222 du 23 mars 2019). On parle donc aujourd’hui du pôle social du tribunal judiciaire. Seuls certains tribunaux judiciaires, que la loi désigne spécialement, ont un pôle social (article L211-16 du code de l’organisation judiciaire).
Le pôle social n’est pas compétent pour tout litige avec la CAF
C’est le premier piège. Le pôle social juge le contentieux de la sécurité sociale, et notamment les prestations familiales. Mais de nombreux litiges CAF relèvent du tribunal administratif : le RSA, la prime d’activité, les aides au logement ou la prime de Noël.
Saisir le mauvais tribunal fait perdre du temps, parfois des mois. Avant toute démarche, vérifiez le juge compétent pour votre prestation. Je l’explique dans mon article sur le tribunal compétent pour votre litige CAF.
Avant le tribunal : la commission de recours amiable
Vous ne pouvez pas saisir directement le pôle social. Vous devez d’abord contester la décision devant la commission de recours amiable de la CAF, dans les deux mois de sa notification (article R142-1 du code de la sécurité sociale).
Si la commission rejette votre recours, ou si elle ne répond pas, vous disposez à nouveau de deux mois pour saisir le pôle social. Ces délais ne vous sont opposables que si la notification les mentionnait, avec les voies de recours (article R142-1-A du code de la sécurité sociale).
Faut-il aller à l’audience ?
La procédure devant le pôle social est orale. En principe, vous exposez votre demande à l’audience et remettez vos pièces au juge.
Mais la loi prévoit une alternative utile si vous habitez loin ou ne pouvez pas vous libérer. Vous pouvez exposer vos arguments par lettre adressée au juge. Il faut alors prouver que la CAF en a eu connaissance avant l’audience, par lettre recommandée avec demande d’avis de réception. Dans ce cas, vous pouvez ne pas vous présenter, et le jugement reste contradictoire (article R142-10-4 du code de la sécurité sociale).
Attention : le juge peut toujours ordonner que les parties se présentent devant lui. Lisez donc chaque convocation avec soin.
Exemple imaginaire. Nadia habite à 200 kilomètres du tribunal. Elle conteste un indu d’allocations familiales. Nadia adresse au juge une lettre qui expose ses arguments, avec ses pièces. Puis elle envoie le tout à la CAF en recommandé avec avis de réception, puis joint cet avis à son courrier au tribunal. Elle n’a pas à se déplacer, sauf si le juge l’exige.
Qui peut vous représenter ?
Vous pouvez vous défendre vous-même. Vous pouvez aussi vous faire assister ou représenter par un avocat. La loi admet également d’autres représentants (article L142-9 du code de la sécurité sociale) :
- votre conjoint, un ascendant ou un descendant en ligne directe ;
- votre concubin ou votre partenaire de PACS ;
- selon le cas, un salarié, un employeur ou un travailleur indépendant de la même profession, ou un représentant syndical ou professionnel ;
- un administrateur ou un employé de l’organisme partie à l’instance, ou d’un autre organisme de sécurité sociale ;
- un délégué de certaines associations, notamment celles qui œuvrent depuis au moins cinq ans pour les droits sociaux des usagers ou contre l’exclusion.
Un représentant qui n’est pas avocat doit justifier d’un pouvoir spécial. Un simple papier libre suffit pour ce pouvoir. L’avocat, lui, n’en a pas besoin.
Si un avocat vous représente, vous n’avez pas à venir à l’audience. Nous préparons ensemble le dossier en amont, et je plaide pour vous.
Une procédure contradictoire
La CAF doit connaître tous vos arguments et toutes vos pièces avant l’audience. Envoyez-les-lui suffisamment tôt, de préférence en recommandé avec avis de réception, pour pouvoir le prouver. Si la CAF découvre une pièce le jour de l’audience, le juge risque de l’écarter ou de renvoyer l’affaire.
Sachez aussi qu’il n’existe pas de suivi en ligne de votre dossier devant le pôle social, contrairement au tribunal administratif. Conservez soigneusement les courriers du greffe et les convocations.
Combien coûte la procédure ?
La procédure a cessé d’être totalement gratuite. Depuis 2026, une contribution pour l’aide juridique de 50 € est due pour toute instance introduite devant un tribunal judiciaire, donc devant le pôle social. Les bénéficiaires de l’aide juridictionnelle n’ont pas à la payer (article 1635 bis Q du code général des impôts).
Une action abusive ou dilatoire expose en outre à une amende civile pouvant atteindre 10 000 €, sans compter les dommages et intérêts réclamés par l’adversaire (article 32-1 du code de procédure civile). La première version de cet article mentionnait 3 000 € : un décret de 2017 a relevé ce plafond. Ce risque reste rare, mais il justifie de bien préparer son dossier.
L’aide juridictionnelle devant le pôle social
Si vos ressources sont modestes, vous pouvez demander l’aide juridictionnelle. La demande se fait auprès du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal judiciaire. En plus de prendre en charge les honoraires d’avocat, elle vous dispense de la contribution de 50 €.
J’accepte l’aide juridictionnelle sans condition. Votre protection juridique peut aussi prendre en charge mes honoraires, fixés à 768 € TTC par recours. L’aide juridictionnelle couvre ce qui se passe devant le tribunal, mais pas les démarches préalables, comme le recours devant la commission de recours amiable.
Faire le point sur votre dossier
Vous hésitez sur le tribunal compétent, sur les délais ou sur la façon de présenter vos arguments ? Réservez une consultation juridique en ligne, à partir de 45 € TTC. Vous pouvez aussi m’écrire à contact@avocat-desfarges.fr.
Le plus simple pour me contacter : remplissez ce formulaire, je reviens vers vous rapidement.
Pour aller plus loin, lisez comment saisir le tribunal contre la CAF et le délai de prescription d’un recours sur les prestations familiales.
Article rédigé par Maître Pierre-Henry Desfarges, avocat au barreau de Strasbourg depuis 2013, qui traite chaque année 1 000 à 1 500 recours contre la CAF partout en France. Publié en 2019, mis à jour le 29 octobre 2026.


